le Mercredi 19 mars
Article paru dans la presse de la Manche samedi 16 février 2008
Les trois cents salariés de l’usine Sanmina de Tourlaville attendent avec résignation les lettres de licenciement prévues le 1er avril, cent vingt personnes sont mises
en disponibilité à leur domicile.
La société ALTEDIA en charge du reclassement du personnel est mise en place dès le lundi 11 février, les personnes désirant commencer leur recherche doivent téléphoner pour avoir un rendez-vous au numéro vert qui leur a été communiqué.
Société ALTEDIA
2 rue des Vindits
50100 Cherbourg-Octeville
Information au personnel tout les lundi à 10 h 30
Assemblée générale du personnel
Lundi 21 Janvier 2008
à 13H00 dans l’atelier
Présentation par l’intersyndicale des négociations qui se sont déroulées à Paris
L’accord de méthode négocié à Paris, a été finalisé et signé vendredi 1 février par les quatre organisations syndicales.
Les documents Livre 3 ont été remis aux membres présents du comité d’entreprise ce même jour.
La première réunion extraordinaire du comité d’entreprise sur le Livre 3 aura lieu le mardi 5 février.
« Ils veulent nous virer comme des chiens. Jusqu'ici, nous menions des actions tranquilles sans rien casser. Mais les gens en ont marre. S'ils poussent le bouchon trop loin, on ne pourra plus retenir nos gars. » Mercredi matin, Philippe Daireaux, représentant syndical élu au comité d'entreprise, était aux côtés des salariés de Sanmina aux grilles de l'entreprise. Après avoir appris que les négociations menées avec la direction du groupe, à Paris depuis mardi (1), n'avançaient pas, ils ont décidé de manifester leur colère.
« En décembre, nous avons accepté de continuer à livrer du matériel, avec la promesse de l'ouverture de négociations sur le volet social, poursuit Philippe Daireaux. On voit très vite, avec ce qui se passe à Paris, que rien n'est fait pour le plan de sauvegarde de l'emploi. Nous, on demande simplement de profiter de conditions identiques à celles qui ont prévalu lors de la fermeture du site de Grenoble, il y a deux ans. »
La poursuite des gardes
Les salariés tourlavillais, dont l'usine de fabrication de composés électronique doit fermer dans les mois qui suivent, estiment que leur direction « fait preuve de cynisme vis-à-vis de nous. Ils nous font à nouveau du chantage au dépôt de bilan, comme en décembre ». Pourtant, Philippe Daireaux explique que « certains clients n'ont pas intérêt à ce qu'on en arrive là. Comme Thalès, par exemple. Nous avons ici un de leurs bancs de test, une pièce unique, un prototype. Son prix n'est pas estimable. S'il y a dépôt de bilan, il est saisi et ils le perdent. »
C'est d'ailleurs parce qu'ils en connaissent la valeur, ainsi que du matériel produit, qu'ils poursuivent les gardes à l'entrée du site le week-end. La caravane installée pour l'occasion pendant les vacances de fin d'année sert toujours de refuge. « Nous les poursuivrons jusqu'à ce qu'on sache qu'on pourra partir dans de bonnes conditions. » Autre moyen de pression : en ralentissant la production et en bloquant les sorties de matériel, « nous bloquons les lignes d'Airbus de fabrication de l'A320 et de l'A380, ainsi que celles du Rafale ».
Les salariés, qui estiment s'être battus pour que Sanmina obtienne « les contrats Alcatel et Thalès » lors du rachat, veulent
aujourd'hui être traités « autrement que par du mépris. C'est Cherbourg qui s'est battu en faisant grève et en négociant pour les obtenir. Mais aujourd'hui,
Sanmina nous dit qu'ils engagent la même chose qu'ici en achetant une usine en Hongrie. Dans cinq ans, ils fermeront, exactement comme à Tourlaville. »
Gérald LEROUVREUR.
(1) Hier en début de soirée, représentants du personnel et direction de Sanmina, dont Ary Pilia, le n° 2 de Sanmina Corp., étaient toujours en négociation. Ils devaient se retrouver ce jeudi pour une nouvelle journée de discussions.
Depuis hier après-midi, une délégation de l’intersyndicale est en négociation pour avoir des garanties sur le volet social que Sanmina-SCI Corporation compte appliquer dans le plan de sauvegarde de l’emploi suite à la cessation d’activité du site de Tourlaville.
Les premiers résultats de cette réunion, confirme le cynisme de Sanmina-SCI envers les salariés. La négociations a repris ce matin avec la présence de Mr Ari PILAI, Président des EMS monde et de son conseiller juridique.
Les salariés en ce moment même manifeste leur mécontentement face au mépris que montre Samnmina-SCI corporation à négocier.
A SUIVRE…
Mercredi 9 janvier 2008, en collaboration avec l’avocat du Comité d’entreprise, l’intersyndicale de Sanmina Tourlaville a proposé un projet d’accord de méthode pour mettre fin à la
situation de blocage que la direction entretient depuis des mois.
Ce projet intègre des garanties sur les mesures d’accompagnement que Sanmina devra mettre en place suite au projet de cessation d’activité du site de Tourlaville.
Les différents échos nous font penser que la direction de Sanmina déforme volontairement les termes de ce projet afin de discréditer l’intersyndicale
Par soucis de transparence précisons que l’objet de ce projet d’accord ne constitue pas une demande irréaliste pour les salariés mais simplement d’obtenir la garantie que les mesures d’accompagnement soient au moins au niveau de ce que les autres établissements fermés en France ont obtenu.
Un ultimatum de 8 jours a été fixé.
L’ensemble des salariés restent mobilisés et comprennent de moins en moins la stratégie de la chaise vide orchestrée par Sanmina Corp.
Ils se relaient devant les grilles pour s'assurer qu'aucun matériel ne sera déménagé par la direction pendant les vacances.
La caravane est installée à côté des grilles d'entrée de l'établissement. Depuis la fin de la semaine dernière, les salariés de Sanmina, à Tourlaville, veillent sur leur usine. « On n'a pas trop confiance dans le groupe Sanmina, explique Jacques Legoupil, qui a pris plusieurs tours de garde. On veut être certains que le matériel sera toujours là quand on reviendra travailler, le 2 janvier. »
Les salariés ont mis en place une chaîne d'alerte qui leur permet d'arriver rapidement en masse aux grilles de l'établissement. « Nous savons que certains de nos clients, comme Thalès, veulent récupérer des bancs de tests ou des appareils de mesure spécifiques, ainsi que des produits déjà fabriqués. » Les salariés estiment que « si tout ça part, tout peut s'accélérer très vite et sans que nous ayons matière à négocier ». Les discussions ont en effet commencé pour établir les conditions de mise en place du plan social. La direction de Sanmina France veut fermer le site dans les mois qui viennent, au cours du premier semestre 2008.
Même le soir du réveillon
Ils seront nombreux à faire comme lui parmi les 300 salariés de l'usine de fabrication de composants électroniques. « Le cahier des tours de garde est rempli. Même pour le soir du réveillon de fin d'année. » Devant un livre, les relais, jour et nuit, durent une à deux heures. La caravane, chauffée, permet de tenir dans des conditions de confort minimum. A l'intérieur, sur la table à côté de la porte, un cahier recueille les impressions des salariés qui laissent chacun un petit mot.
« Nous, on veut prendre le temps de négocier, poursuit Jacques Legoupil. Et pas seulement pour toucher un gros paquet cadeau en disant : débrouillez-vous pour retrouver un emploi. Il faudra aussi parler de la réindustrialisation du site. » En cette période de fêtes de fin d'année, la fin de son entreprise laisse des traces. « On y pense toujours à un moment ou à un autre. C'est difficile de se libérer l'esprit. » Coordonnateur qualité, il travaille à Sanmina depuis 25 ans. « J'ai 45 ans. J'espère que je ne suis pas trop vieux pour retrouver du boulot, il me reste 15, 16 ans à faire avant la retraite. Et on peut voir que le bassin d'emploi local est difficile, qu'il n'y a pas grand-chose ici. »
Gérald LEROUVREUR.
Ouest-France