Mardi 4 mars 2008


 
06.11.2007  ( Auteur : Jean-Pierre Godefroy )
situation de l'entreprise sanmina de tourlaville

M. Jean-Pierre Godefroy
Sénateur de la Manche

Monsieur le secrétaire d'État, j'avoue que c'est avec une certaine surprise que j'ai appris que vous me répondriez ce matin. Certes, c'est pour moi un réel plaisir de vous rencontrer, car nous avons - modestement, en ce qui me concerne - une passion commune - je pense à vos fonctions antérieures -, mais ma question s'adressait à Mme la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.

Je souhaitais attirer une nouvelle fois son attention sur la situation de l'entreprise Sanmina de Tourlaville, dans le département de la Manche. Je regrette donc que Mme Lagarde ne soit pas présente pour me répondre directement, d'autant plus que, avec le député-maire de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, le maire de Tourlaville, André Rouxel, ainsi que les organisations syndicales, j'ai été reçu à plusieurs reprises par son cabinet, preuve de l'intérêt porté à notre dossier.

Sanmina, monsieur le secrétaire d'État, est une entreprise spécialisée dans le domaine de l'électronique hyperfréquence. Elle travaille principalement en tant que sous-traitante de groupes de télécommunications et d'avionique, notamment Alcatel-Lucent.

À l'origine, cette entreprise faisait d'ailleurs partie du groupe Alcatel-CIT. En 2002, elle a été cédée au groupe Sanmina, avec un contrat d'exclusivité de quatre ans. Depuis la fin 2006, ce contrat d'exclusivité, qui liait le groupe devenu Alcatel-Lucent à l'établissement de Tourlaville, est arrivé à son terme. Une partie de la production de l'établissement, et donc de sa charge de travail, doit maintenant être délocalisée en Hongrie et en Thaïlande, où les coûts de main-d'oeuvre sont moins élevés, et ce à la demande des clients, du moins si l'on en croit le responsable européen de la société.

Sur le site de Tourlaville, la situation est extrêmement tendue, car ce sont 600 familles, monsieur le secrétaire d'État, tous contrats de travail confondus, qui sont menacées : le groupe Sanmina doit décider avant la fin de l'année s'il ferme la totalité de l'établissement ou une grande partie, après avoir déjà démantelé les sites de Grenoble, de Châteaudun et de l'Isle-d'Abeau.

Le seul moyen de pérenniser l'établissement de Tourlaville serait de rechercher de nouveaux marchés dans sa spécialité, notamment auprès des entreprises dont l'État détient une part importante du capital.

Monsieur le secrétaire d'État, les conséquences d'une telle fermeture seraient désastreuses pour le Nord-Cotentin sur le plan économique et social. Après la période difficile, encore récente, liée à la fin du grand chantier de La Hague, la restructuration de l'activité de l'arsenal de Cherbourg, l'arrêt des activités du constructeur Toyota, l'arrêt de la desserte transmanche par la compagnie de ferries P&O ou encore les difficultés rencontrées par les Constructions mécaniques de Normandie, la disparition, à son tour, de ce centre industriel local pourrait avoir un fort effet déstabilisateur sur notre bassin d'emploi.

Les collectivités locales se sont, de leur côté, engagées à soutenir la modernisation du site afin d'éviter une telle situation.

C'est pourquoi, monsieur le secrétaire d'État, je vous demande de bien vouloir insister auprès de Mme Lagarde afin qu'elle intervienne pour aider l'entreprise à trouver de nouveaux clients, comme Thales, dont l'État est actionnaire, et ainsi préserver les emplois locaux.

À cet égard, pourriez-vous me dire où en sont les démarches engagées par Mme la ministre ? La réunion du 30 octobre dernier à son cabinet a fait naître, je ne vous le cache pas, les plus vives inquiétudes.

M. Bernard Laporte,
secrétaire d'État chargé des sports.

Monsieur le sénateur, vous avez interrogé Mme la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, qui souhaite vous communiquer les éléments de réponse suivants.

L'usine Sanmina de Cherbourg, sous-traitant dans le domaine électronique, représente un peu plus de 300 emplois en contrat à durée indéterminée. Ce site traverse aujourd'hui une phase délicate puisque son plus gros contrat avec le client historique Alcatel, qui avait vendu l'usine en 2002 à Sanmina, est arrivé à son terme en décembre 2006. La pression des clients sur les prix pousse Sanmina à délocaliser certaines productions vers des sites du groupe où le coût de la main-d'oeuvre est plus bas.

Depuis plusieurs semaines, le cabinet de Mme Lagarde a en effet multiplié les contacts avec les dirigeants du site de Tourlaville et du groupe Sanmina, avec les élus et les représentants des salariés, qui ont été reçus au ministère de l'économie, des finances et de l'emploi pour échanger sur les causes de la crise et sur les solutions possibles.

Toutes les voies sont explorées pour diversifier le portefeuille client de l'entreprise et assurer un plan de charge permettant de maintenir le site en activité et de sauvegarder les emplois. Des contacts ont ainsi été pris avec des donneurs d'ordre potentiels.

Ce dossier, monsieur le sénateur, fait donc l'objet d'un suivi attentif de Mme la ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, en relation avec les élus locaux concernés.

M. Jean-Pierre Godefroy.

Je souhaite apporter quelques précisions.

Tout d'abord, je rappelle que, dans un courrier en date du 15 octobre 2007, le chef de cabinet de M. le Président de la République a été très clair, confirmant que le chef de l'État était déterminé « à mettre en oeuvre une politique économique et industrielle dynamique pour permettre le développement de nos entreprises et éviter ainsi les délocalisations ». Il faut que le souhait du Président de la République soit exhaussé !

Monsieur le secrétaire d'État, notre inquiétude est d'autant plus grande que, comme nous l'avons appris, une réunion doit avoir lieu entre Thales Avionique et le groupe Sanmina Thaïlande les 7, 8 et 9 novembre prochain. Or il faut savoir que les productions susceptibles d'être négociées entre Thales Avionique et Sanmina Thaïlande sont précisément celles qui sont réalisées sur le site de Tourlaville...

Je suggère donc, et je vous demande de bien vouloir vous faire mon interprète en ce sens auprès de Mme Lagarde, l'organisation, sous l'égide du ministère, d'une table ronde réunissant les représentants de Sanmina et de tous les clients potentiels, afin que l'on y voie plus clair.

Monsieur le secrétaire d'État, il serait tout à fait dommageable que, d'un côté, Thales refuse de passer un accord avec l'entreprise française de Tourlaville et que, de l'autre, il négocie avec Sanmina Thaïlande une délocalisation, comme nous avons des raisons de
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Mardi 4 mars 2008

Les trois cents salariés de l’usine Sanmina de Tourlaville attendent avec résignation les lettres de licenciement prévues le 1er avril, cent vingt personnes sont mises en disponibilité à leur domicile.

Chronique d’une mort annoncée. L’ambiance est évidement morose dans les ateliers de l’usine Sanmina de Tourlaville. « Les salariés attendent avec résignation que ça se passe ; ils savent que chaque jour nous rapproche de la fermeture du site, le 1er avril ». Le 1er avril, c’est la date prévue pour l’envoie des lettres de licenciements aux trois cents salariés de Sanmina Tourlaville…

Durant cette période difficile à vivre, il reste à expédier les affaires courantes, en assurant notament le service après-vente. Mais il n’y a plus suffisamment de travail, et le groupe Sanmina a donc proposé aux volontaires d’être mis en disponibilité à leur domicile. « Les personnes en disponibilité sont payées normalement, mais pour des questions comptables, Sanmina préfère cette formule plutôt que de conserver tout le monde dans l’usine », explique Lionel Guillard, le secrétaire du comité d’entreprise. Initialement, l’entreprise avait tablé sur cent soixante volontaire. Finalement, seules cents vingt personnes ont pour l’instant rejoint leur domicile. « L’idée est de permettre à ces gens de rechercher du travail dès maintenant, développe Lionel Guillard. La cellule de reclassement confiée à Altédia a donc ouvert lundi. Elle va étudier les dossiers au cas par cas.»

Les élus du comité d’entreprise enchaînent quand à eux les réunions pour finaliser le plan social. Après trois grosses journées de négociation à Paris, mi-janvier, les représentants du personnel et la direction de Sanmina avaient défini un accord de méthode, validé ensuite par la très grande majorité des salariés. « Maintenant, on reprend les éléments un par un, avec toujours la volonté de s’inspirer de ce qui a été fait sur les autres sites fermés par Sanmina », précise Lionel Guillard.

 

Comment répartir l’argent ?

L’enveloppe globale consacrée au plan social, elle, n’évoluera pas : Sanmina va mettre vingt-sept millions d’euros sur la table. Mais la ventilation de cette somme qui couvre des choses très différentes (financement de la cellule de reclassement, aide aux employeurs d’ex-Sanmina…) reste à préciser. L’exercice est long et difficile. «  Et comme Sanmina a fixé un calendrier très serré, les réunions se succèdent », commentent les représentants du personnel.

L’un des points les plus sensibles concerne évidement les indemnités complémentaires de licenciement. Sanmina a prévu d’y consacrer neuf millions d’euros, mais comment répartir cette somme entre les salariés ? « A l’ancienneté », répondent des salariés présents depuis des décennies dans l’entreprise. « Selon un procédé égalitaire : une même prime pour tous », répliquent les plus jeunes. Pour l’instant, la question n’est pas tranchée. Lionel Guillard veut toutefois croire que la tension baisse un peu. « Nous avons bien expliqué à tout le monde qu’il y aura de toute façon un plancher minimum qui ne sera pas négligeable », explique-t-il.

Enfin, les discussions doivent maintenant entrer dans le vif du sujet concernant des projets de ré- industrialisation du site. Sous l’égide de l’état, des entrepreneurs éventuellement intéressés par les locaux et par la reprise d’une partie du personnel devront se faire connaître. « Mais si un projet aboutit, il faut que ce soit avant le 1er avril », note Lionel Guillard

Laurent GOUHIER La presse de la Manche, samedi 16 février 2008

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Mardi 4 mars 2008


Rideaux baissés, mairies fermées, population mobilisée : la journée d'action du 11 décembre se prépare pour soutenir les Sanmina.

Les cinq maires de l'agglomération réunis pour une conférence de presse, ce n'est pas tous les jours. Mais c'est un symbole. Celui de la détermination des élus à soutenir les salariés de Sanmina. Mardi prochain, 11 décembre, ils ont décidé de fermer les mairies, ainsi que l'hôtel de la communauté de commune, pour répondre à l'appel des organisations syndicales, qui se rassembleront à 10 h sous la statue de Napoléon.

Cette journée « Ville forte », plutôt que « Ville morte », est destinée à montrer que le Cotentin ne se laisse pas abattre. Des tracts seront distribués aux entrées de l'agglomération. Ils disent non aux délocalisations et oui à l'emploi : « La délocalisation de notre production du site de Tourlaville, décidée par les dirigeants de Sanmina, ainsi que ceux d'Alcatel Lucent et de Thalès, va engendrer la perte de plus de 600 emplois directs et induits dans la communauté urbaine de Cherbourg. Nous refusons la fermeture de notre usine, sacrifiée pour des motifs purement financiers ainsi que la mise en difficulté de la filière électronique dans le Cotentin. Nous demandons aux pouvoirs publics et plus particulièrement au Président de la République de prendre leurs responsabilités et de se battre contre les délocalisations. »

Les commerçants sont appelés à baisser leurs rideaux le temps de la manifestation. « Pour l'économie locale en général, la cessation de l'activité de Sanmina, c'est 14 millions d'euros de masse salariale en moins. Tout le monde est concerné ! »

Ville forte

Au-delà de cette opération, qui va mobiliser toute la population, les mésaventures de Sanmina se poursuivent. Cet après-midi à 13 h 30, une nouvelle réunion, cette fois avec Dietmar Günther, le directeur Europe de Sanmina, aura lieu en sous-préfecture. Il sera question des accords de méthode, avant l'organisation d'un nouveau comité d'entreprise extraordinaire. « Nous serons très vigilants. On sait exactement ce qu'on ne veut pas » promettent les représentants syndicaux de l'entreprise, échaudés par les dernières rencontres avec leur direction.

En coulisses aussi on s'active. Bernard Cazeneuve confie qu'il a plusieurs contacts, avec de possibles repreneurs. « Aujourd'hui, nous souhaitons engager un dialogue normal avec la direction. Jusqu'à présent l'entreprise a tout fait pour saboter ce dialogue. Dans ces négociations, nous appuyons totalement les salariés, qui depuis le début, se sont montrés combatifs et responsables ».

Thierry DUBILLOT.

Ouest-France

 

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Mardi 4 mars 2008


Cazeneuve et Godefroy sur le même bateau

Les deux parlementaires travaillent de concert. Et les dossiers de l'agglomération sont lourds à porter.

Sanmina : c'est le gros dossier du moment. Les salariés ont constamment demandé à ce qu'une négociation normale se déroule avec leur direction. « Il a fallu cinq semaines pour que l'entreprise comprenne ce qu'était le droit social français. Aujourd'hui, nous nous battons pour que le processus ne soit pas rompu. Les relations entre Thalès et Sanmina se tendent. S'il n'y a pas de production sur le site, il y a risque de dépôt de bilan. Et qui dit dépôt de bilan dit plus rien à négocier. »

« Les parlementaires interviennent auprès de Thalès pour qu'il puisse continuer avec Tourlaville et assurer le fond de charge nécessaire. Nous avons des contacts avec des acteurs industriels français. Pas seulement dans l'électronique. Nous cherchons des solutions de reprise. Il faut faire en sorte que nous ayons le moins de personnel possible à reclasser. Les salariés l'ont toujours dit : ils cherchent de l'emploi, pas un plan social. »

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