le 8 octobre 2007
social - économie
Cherbourg,
correspondance particulière.
« Cette fois-ci, c’est le commencement de la fin. » Depuis début septembre, les 380 salariés de l’usine Sanmina de Tourlaville, proche de Cherbourg, ont le moral en berne et les fêtes de fin d’année s’annoncent sous de très sombres auspices. Auparavant, l’usine était propriétaire d’Alcatel mais le site a été vendu il y a cinq ans à Sanmina SCI, un géant américain spécialiste de la sous-traitance électronique basé à San José en Californie, qui fonctionne avec les fonds de pension. Pourtant la charge de travail était bonne mais dans sa logique comptable, le patron d’Alcatel, Serge Tchuruk, a poursuivi l’abandon de la production des petites mains au profit de la matière grise à haute valeur ajoutée. Les émetteurs récepteurs pour la téléphonie mobile, les radars et les cartes avionique pour Airbus auraient pu dégager une lisibilité confortable mais c’était sans compter sur les baisses de marchés français au profit de la Hongrie, de la Thaïlande et de la Chine. En gestionnaire sans état d’âme, le responsable européen de Sanmina SCI, Dietmar Günter, vient d’annoncer que le site perd un million de dollars par mois. Il faut savoir qu’entre-temps, Alcatel a suspendu ses commandes toujours au profit de l’Asie et de l’Europe de l’Est. Initialement, la vente de l’usine avait été présentée comme une chance afin de pouvoir se diversifier et maintenir l’emploi. Cinq ans après, la CGT constate que trois sites Sanmina sur quatre ont été fermés en France : Grenoble, Châteaudun et L’Isle-d’Abeau. Dans le même temps, les autres usines Alcatel rachetées par Sanmina ont subi la même logique qu’en France, avec la fermeture de Tolede en Espagne et deux plans sociaux en Allemagne, à Gunsenhauser où les effectifs sont passés de 600 à 150 personnes. En parallèle, Sanmina a investi massivement dans les pays à bas coûts afin de renforcer le potentiel de production.
Ce scénario s’applique aussi en Europe de l’Ouest et en France, comme à Solectrom, Flextronics, Jabil circuits et Celestica pour ne citer que ces quelques autres groupes américains de sous-traitance électronique. « À Tourlaville, c’est clair et net, il n’y a plus de plan de charge pour l’an prochain », constate ce technicien qui a trente ans de maison. Les 32 intérimaires du site ont quitté l’usine la semaine dernière. Tourlaville en comptait 288 l’an passé. « Si rien ne change, explique le patron local, pas question d’envisager des licenciements par vagues de cinquante personnes. » En fait, c’est bel et bien la fermeture du site qui risque de toucher de plein fouet le personnel. La morosité prime dans les ateliers, où tout fonctionne au ralenti. Au service après-vente, où la plupart des salariés sont là depuis vingt ans et plus, on compte de nombreux couples avec d’importants crédits immobiliers. Les salariés sont manifestement devant le fait accompli. Face à ce pillage industriel organisé, l’intersyndicale demande à Nicolas Sarkozy de « concrétiser ses engagements de campagne électorale en matière de délocalisation et d’exiger des donneurs d’ordre français des secteurs de l’armement, de l’aéronautique et des télécommunications, les principaux clients, de maintenir et d’amplifier leur commandes sur le territoire national ».
Sur un bassin d’emploi déjà très touché par le chômage, la fermeture de l’usine Samnina aurait des conséquences économiques et sociales désastreuses. Le député et maire socialiste de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, envisage de défendre le dossier auprès du délégué interministériel aux restructurations de défense. Pour l’instant, rien ne se profile alors que l’échéance fatale arrive à grands pas. Avec les intérimaires et les sous-traitants locaux, ce sont pas moins de 550 familles qui vont se retrouver sur le carreau. Malgré des actions tous les jours aux portes de l’usine de Tourlaville, le personnel a bel et bien l’impression que les jeux sont faits.
Jean-Sébastien Barrey