Sanmina : C’est fini
Hier après-midi, les personnels de l’usine Sanmina de Tourlaville ont brûlé quelques palettes, histoire de ne pas disparaître dans l’anonymat. Demain, la quasi-totalité des trois cents salariés vont recevoir leurs lettres de licenciement.
Jacky, 54 ans, a passé 34 ans dans l’usine d’électronique appartenant à Sanmina depuis 2002.
Hier après-midi, il a donc tenu à venir une dernière fois devant les grilles de l’usine Tourlavillaise. Et s’il avait parfois le regard un peu troublé, il semble bien que ce soit davantage à cause de l’émotion qu’à cause de la fumée dégagée par les palettes enflammées.
« On sait depuis plusieurs mois que l’usine va fermer, mais cela fait quand même quelque chose de savoir que, cette fois, ça y est. », Reconnaît ce grand gaillard qui avoue ne pas avoir eu le courage de pousser la porte de la cellule de reclassement.
Pendant que les délégués du personnel participaient à l’ultime séance de travail sur le plan
(À 20 heures, les derniers points du plan social étaient encore en discussion avec le patron
Européen de Sanmina), une bonne centaine de salariés se sont ainsi retrouvés trouvés devant l’usine. « Cela ne sert à rien, mais on veut montrer à Sanmina que nous sommes là ; on ne veut pas partir dans l’anonymat le plus total », expliquait une salariée. Conformément au planning prévu depuis plusieurs mois, les lettres de licenciement seront reçues aujourd’hui
Ou demain.
Plus que la colère, c’est l’amertume qui prédominait hier après-midi. « On a été trop sage, se plaignait en employé, On aurait dû davantage faire monter la pression. Mais ils nous ont eus avec leur chantage, nous menaçant de déposer le bilan si on ne se laissait pas faire. »
Ce qui choque le plus les personnels, c’est que la fermeture de l’usine est bel et bien liée à une stratégie de la multinationale. « Quand une entreprise ferme parce qu’elle n’a plus de boulot, c’est dur à encaisser, commente serge, qui travaillait là depuis 29 ans. Mais c’est pire encore quand une boîte a encore plein de contrats et qu’elle préfère juste envoyer le travail ailleurs. »
Sur les quelques slogans écrits devant l’usine, Nicolas Sakozy était également pris à parti. « Où sont tes promesses ? », lui demandait des salariés qui n’ont pas oublié les propos très offensifs tenus durant la campagne électorale pour le sauvetage des usines françaises.
Le flou de la ré-industrialisation
Voilà donc une page de l’industrie cherbourgeoise qui se tourne. Pourtant, l’histoire avait été belle. L’entreprise Horston avait d’abord travaillé pour l’ORTF en fabriquant des projecteurs et des caméras pour le cinéma. Puis Thomson avait repris le relais en se spécialisant dans les systèmes de télèvision en circuit fermé puis en développant le secteur des faisceaux hertziens.
L’arrivée d’Alcatel en 1984 avait même permis de poursuivre le développement du groupe :
L’établissement avait quitté les vieux locaux du Maupas pour une nouvelle usine de 10 000 mètres carré à Tourlaville. Et en 2002, lorsque Sanmina avait racheté l’usine, les trois cents salariés côtoyaient également des centaines d’intérimaires. Jusqu’à la dégringolade provoquée par une délocalisation dans les pays à bas coûts…
Et maintenant ? « On veut croire à la ré-industrialisation du site, mais pour être honnêtes, nous ne sommes pas très confiants », expliquaient hier nombre de salariés.
En plus, même s’ils manquent d’informations, les personnels savent bien qu’un nouveau projet ne porterait que sur quelques dizaines d’emplois, pas sur les trois cents salariés.
« J’ai 48 ans et je repars de zéro, souligne Serge. La cellule de reclassement m’a promis une formation de cariste (c’est mon métier, mais il faut que je valide mes compétences par un diplômes), mais c’étais déjà le cas il y a un mois et demi et depuis, je n’ai pas eu de nouvelles.
Quoi qu’il en soit, je sais que je ne retomberai pas sur mes pieds financièrement, que je n’aurai pas le temps d’une vraie évolution de carrière dans une nouvelle entreprise. Pourtant,
J’ai encore deux enfants à charge. »
Beaucoup le reconnaissaient hier : les nuits sont parfois longues et difficiles depuis l’annonce de la fermeture de l’usine.
LG pour la presse de La Manche