Article paru vendredi 23 novembre dans la presse de la Manche;
Par Laurent GOUHIER
« C'était une provocation délibérée »
Lionel GUILLARD le secrétaire du comité d'entreprise de Sanmnina, pense que la direction voulait piéger les représentants du personnel.
Comment analysez-vous ce qui s'est passé dans l'organisation du comité d'entreprise ?
Sanmina voulait jouer une entourloupe au comité d'entreprise. Il y avait une stratégie machiavélique pour nous déstabiliser: organisation de la réunion dans un hôtel, appel à des vigiles... La direction espérait que l'on mènerait la politique de la chaise vide et elle aurait ainsi déclaré que la phase d'information du comité d'entreprise était achevée. Très vite, le premier conseil de notre avocate a été que nous ne devions surtout pas quitter la salle. Et c'est finalement le directeur qui est parti !
Qu'est-ce que l'entreprise avait à gagner en essayant de vous faire quitter les lieux ?
Si elle parvenait à faire comme si le comité d'entreprise avait eu lieu, elle aurait gagné beaucoup beaucoup de temps. Elle aurait considéré que nous n'avions pas de questions, pas de remarques, et elle pouvait directement passer à la phase de consultation.
Au contraire, nous avons beaucoup de choses à dire pour combattre la stratégie de fermeture de notre site. Et tant que nous avons des questions à poser, l'entreprise a le devoir de nous répondre clairement, de façon argumentée. Cela peut prendre quelques mois.
Vous, vous ne vouliez pas que ce comité d'entreprise ait lieu ?
Évidemment nous ne sommes pas demandeurs d'un projet de cessation d'activité. Mais nous ne sommes pas venus pour faire de l'obstruction. Nous avons d'ailleurs fait plusieurs propositions : que la réunion ait lieu dans l'usine ou que nous poussions les murs amovibles séparant deux salles de l'hôtel. Matériellement, cette solution ne posait aucun problème. Mais la direction avait vraiment fait le choix de mettre le comité d'entreprise dans de très mauvaises conditions de travail.
Le directeur semble avoir vraiment peur de la réaction des salariés...
Il n'a pas de raison d'avoir peur de nous ! Depuis le début, tout le monde a réussi à garder son calme. Il n'y a pas eu de gestes déplacés, pas de dégradations. On ne comprend pas qu'un chef d'entreprise n'ose pas se rendre dans son usine... même s'il est vrai qu'on ne l'a guère vu plus de dix jours depuis qu'il a été nommé, en juillet. En fait, on pense que Jim Fergusson est un bon comédien et qu'il fait semblant d'avoir peur.
Nous allons interpeller la direction pour lui faire part de notre incompréhension. La balle est dans son camp. Aujourd'hui, en tout cas, il n'y a ni vainqueur ni vaincu car nous aussi, nous avions des choses à dire, des arguments à faire valoir, et nous n'avons pas pu le faire. Le problème, c'est que la direction organise ses réunions comme elle gère cette usine, et ce n'est pas brillant
Sanmina : la direction se prend les pieds dans le tapis
Nouveau faux pas de la direction de Sanmina, hier : pour la deuxième fois en moins d'une semaine, le comité d'entreprise n'a pas pu avoir lieu... et le patron est parti en catimini.
Sanmina est présenté comme un groupe qui a l'habitude de fermer des usines pour mieux en ouvrir d'autres dans des pays à bas coût. Pourtant, à Tourlaville, le géant mondial de l'électronique ne fait pas preuve de la plus grande maîtrise depuis qu'il a annoncé son intention de supprimer l'usine. À moins qu'il ne s'agisse d'une stratégie délibérée que personne n'a encore réussi à cerner.
D'abord, la semaine dernière, le directeur Jim Fergusson n'a pas voulu présider le comité d'entreprise chargé d'étudier le plan de cessation d'activité. Le patron avait mal vécu, dit-il, l'accueil réservé quelques jours plus tôt par le personnel. S'estimant menacé physiquement, il a même décidé de porter plainte. « Pourtant, les gens sont vraiment calmes ici ; il y a bien d'autres entreprises où, dans des conditions similaires, cela aurait déjà dégénéré », explique un syndicaliste.
Hier, nouvel épisode. Jim Fergusson a programmé le comité d'entreprise dans une salle de l'hôtel Mercure plutôt que d'organiser cette réunion dans l'usine. Visiblement peu à son aise, le directeur s'était fait accompagner par des vigiles (dont un qui ne l'a pas quitté de la journée). Problème, lorsque les membres du comité d'entreprise sont entrés dans la salle, ils ont immédiatement constaté qu'il n'y avait pas assez de place autour de la table, pas assez de chaises...
Les délégués du personnel ont donc fait venir un huissier pour constater l'exiguïté des lieux. L'huissier de la direction était quant à lui déjà sur place. On a donc sorti le mètre, on a compté les chaises. On a noté que le directeur avait pu brancher son ordinateur portable (et même qu'il était en connexion directe avec l'extérieur grâce à une carte 3G), alors que les autres n'avaient pas moyen de se brancher... Finalement, Jim Fergusson n'a donc à aucun moment pu ouvrir officiellement cette séance du comité d'entreprise.
« Mais pourquoi ne voulez-vous pas organiser cette réunion dans notre grande salle, dans l'usine ? Soyez rassuré, nous nous engageons à ce que les salariés continuent à faire preuve du plus grand calme », ont plusieurs fois demandé les représentants des salariés à Jim Fergusson. Dans le couloir, des dizaines de ces salariés ont acquiescé.
Le directeur, lui, n'a quasiment pas ouvert la bouche. Il a simplement fait savoir, par interprète interposé, que la réunion se déroulerait ici ou que, si les délégués empêchaient la tenue de ce comité d'entreprise, ils en porteraient la responsabilité. « Ah, le voilà le traquenard ! », ont répliqué les salariés.
« Mais au moins, poussez ce mur », ont fini par proposer les délégués. De l'autre côté de la paroi amovible de l'hôtel, une autre pièce avait en effet été réservée par Sanmina pour le déjeuner. Refus de la direction.
Finalement, peu après 12h30, Jim Fergusson a quitté la salle, tout le monde pensant
qu'il allait satisfaire un besoin pressant. Le directeur a laissé son ordinateur portable, quelques effets personnels. Mais il n'est jamais revenu. Les personnes présentes devant l'hôtel l'ont vu
partir en trombes en voiture. L'huissier a de nouveau été appelé sur les lieux pour dresser un constat de cette nouvelle situation. Une situation vraiment inédite.
Laurent GOUHIER
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