Ils se relaient devant les grilles pour s'assurer qu'aucun matériel ne sera déménagé par la direction pendant les vacances.
La caravane est installée à côté des grilles d'entrée de l'établissement. Depuis la fin de la semaine dernière, les salariés de Sanmina, à Tourlaville, veillent sur leur usine. « On n'a pas trop confiance dans le groupe Sanmina, explique Jacques Legoupil, qui a pris plusieurs tours de garde. On veut être certains que le matériel sera toujours là quand on reviendra travailler, le 2 janvier. »
Les salariés ont mis en place une chaîne d'alerte qui leur permet d'arriver rapidement en masse aux grilles de l'établissement. « Nous savons que certains de nos clients, comme Thalès, veulent récupérer des bancs de tests ou des appareils de mesure spécifiques, ainsi que des produits déjà fabriqués. » Les salariés estiment que « si tout ça part, tout peut s'accélérer très vite et sans que nous ayons matière à négocier ». Les discussions ont en effet commencé pour établir les conditions de mise en place du plan social. La direction de Sanmina France veut fermer le site dans les mois qui viennent, au cours du premier semestre 2008.
Même le soir du réveillon
Ils seront nombreux à faire comme lui parmi les 300 salariés de l'usine de fabrication de composants électroniques. « Le cahier des tours de garde est rempli. Même pour le soir du réveillon de fin d'année. » Devant un livre, les relais, jour et nuit, durent une à deux heures. La caravane, chauffée, permet de tenir dans des conditions de confort minimum. A l'intérieur, sur la table à côté de la porte, un cahier recueille les impressions des salariés qui laissent chacun un petit mot.
« Nous, on veut prendre le temps de négocier, poursuit Jacques Legoupil. Et pas seulement pour toucher un gros paquet cadeau en disant : débrouillez-vous pour retrouver un emploi. Il faudra aussi parler de la réindustrialisation du site. » En cette période de fêtes de fin d'année, la fin de son entreprise laisse des traces. « On y pense toujours à un moment ou à un autre. C'est difficile de se libérer l'esprit. » Coordonnateur qualité, il travaille à Sanmina depuis 25 ans. « J'ai 45 ans. J'espère que je ne suis pas trop vieux pour retrouver du boulot, il me reste 15, 16 ans à faire avant la retraite. Et on peut voir que le bassin d'emploi local est difficile, qu'il n'y a pas grand-chose ici. »
Gérald LEROUVREUR.
Ouest-France
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